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Réflexions à propos de "C'est du
bidon"
Sur le blog, l’exercice «
c’est du bidon » à fait un bide. Que des
bonnes réponses. Heureusement que je l’avais
utilisé en classe, pour observer
d’autres fonctionnements de la pensée.
En effet si je vous dis 50 et 51 inévitablement les
automatismes mentaux fabriquent « 1 » ! Surtout que
51 se dit 50 « et » 1. Si en plus on met
côte à côte le mot « huile
» et 50, quoi de plus naturel que le bidon coûte 1
euro ? C’est typique de la pensée qui
émerge spontanément à partir
d’une stimulation sensorielle. Nous sommes en
présence de ce que l’on pourrait appeler
paradoxalement une « illusion logique ».
Un peu comme l’exemple de l’illusion
visuelle ci-dessous.
Que vous le vouliez ou non vous voyez les côtés du
carré courbés à
l’opposé de la courbure des cercles.
L’usage d’une règle montre
qu’il n’en est rien. Les côtés
sont droits. Mais le « savoir » ne
rectifie pas le « voir » qui, lui, reste faux.
Dans notre exercice il y a deux approches possibles.
L’approche arithmétique qui reste
collée à la dimension vécue du
problème et qui donc exige une grande maîtrise du
raisonnement pour dépasser les objets afin
d’accéder aux relations entre les objets. Ici le
« de plus que » est le plus souvent
ignoré. Et puis il y a l’approche
algébrique qui consiste à projeter des
connaissances mathématiques sur le réel pour le
modéliser et donc se dégager de son aspect
vécu. Ne pas avoir d’outils conceptuels pour
structurer la perception (nous retrouverons cette idée dans
l’exercice « voir ») crée un
sentiment de vide mental d’autant plus insupportable que la
personne se sent sous la pression du regard de l’autre. Il
lui faut alors une réponse, n’importe laquelle et
vite, pour mettre fin à ce temps de suspension qui le
taraude. La première idée qui vient donnera
l’illusion de la réussite et donc stimulera les
mécanismes neuronaux de récompense.
Tout se joue sur un moment bref mais très fort.
Comme dans
les thérapies cognitives c’est
l’existence de schémas mentaux
préalablement construits et que l’on projette par
anticipation sur le réel qui permet
d’échapper aux dérives de la
pensée. C’est la culture qui propose ces
modèles.
Maintenant examinons plus en détail cette approche
algébrique.
Soit x le prix du bidon seul.
Le texte dit que « l’huile coûte 50 euros
de plus que le bidon». C’est-à-dire le
prix du bidon plus 50 euros. Il faut dépasser les objets
pour accéder à la relation entre « 50
» et le prix du « bidon » : de plus que.
Donc l’huile coûte x + 50 euros.
Le tout : bidon vide plus huile seule coûte 51
euros.
Donc
x
+ (x +
50)
= 51
Soit 2x + 50 = 51
Mais alors quoi ? « 2x » ? Nous avons maintenant 2
bidons ?
Oui car nous ne sommes plus dans le réel mais dans sa
modélisation. Il ne s’agit pas d’une
photographie.
L’essence des mathématiques est la perte du sens.
Résolvez l’équation et vous trouverez
0,5 euros pour x.
Le bidon seul vaut 0,50 euros, l’huile vaut 50 euros de plus
donc 50,50 euros et le tout fait bien 51 euros. La conduite de
détour mathématique a bien fonctionné.
CQFD
En résumé :
Même si l’apprentissage de modèles est
une contrainte qui implique le renoncement au fil naturel de la
pensée et donc expose à la frustration, il offre
en retour un outillage conceptuel qui augmente notre
efficacité devant des situations qui sortent de
l’ordinaire. En fait tout tient dans la façon
d’apprendre les modèles. Ou bien c’est
un dressage et alors il génère du rejet et une
rigidité intellectuelle. Ou alors ce modèle est
construit progressivement en continuité de la perception
à l’abstraction conceptuelle et alors,
après entraînement, il sera mobilisé
avec autant de fluidité que la pensée naturelle.
Il sera transférable d’une situation à
l’autre. De plus il offrira une flexibilité qui
lui permettra d’évoluer en fonction des
circonstances. Voilà une des grandes différences
entre l’élève qui réussit sa
scolarité et celui qui s’essouffle.
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