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Réflexions à propos de "Lire un
mot"
Cet exercice fait suite à celui sur
l’hexagone.
Sur l’image réduite, le mot « cerf
» nous vient immédiatement à
l’esprit. Les quatre lettres visibles suffisent pour activer
la carte neuronale associée d’un bloc à
un mot que nous connaissons déjà et qui nous est
le plus familier. En effet, nous n’avons pas besoin de la
totalité de l’information pour activer un
réseau neuronal, car les neurones sont
interconnectés de façon massive et en
mécanisme de réentrée. Quelques
neurones activés stimulent de proche en proche ceux qui
leurs
sont liés. Ce système de reconnaissance
immédiate est économe en énergie mais
n’est possible que si la carte existe
déjà. Nous retrouvons là le
mécanisme évoqué
précédemment sur l’imagerie
médicale d’un cerveau confronté
à une situation totalement inconnue de lui. Les
entrées sensorielles ne rencontrant pas de réseau
associé, diffusent en toute direction, ce qui consomme
beaucoup d’énergie. Par contre après
entraînement la structure neuronale étant
construite, les indices l’activent en
priorité et de façon limitative.
Expliquons un peu ce qui se passe pour les mots. Dans les aires
visuelles primaires, se constitue dès le plus jeune
âge et par l’expérience
répétée, un vaste ensemble de cartes
neuronales représentant des lignes. Ces cartes
étant bien installées, elle peuvent ensuite se
connecter dans les aires associatives en cartes représentant
des lettres. Ces cartes de lettres étant bien
installées, peuvent à leur tour se connecter pour
constituer des cartes neuronales de mots. Il n’est pas
sûr que l’étape syllabe soit
nécessaire.
Mais maintenant voyons l’image agrandie.

Le mot que nous
avons en tête à ce moment se heurte à
la perception. En effet les quelques indices que nous avons de la
lettre qui manque ne correspondent pas à la carte neuronale
du « c ». Deux attitudes sont alors possibles. Soit
nous explorons les autres blocs mots associés
c’est-à-dire « nerfs » ou
« serfs » pour trouver celui qui n’entre
plus en contradiction avec celui proposé. Soit nous
procédons à l’analyse des indices pour
mobiliser des cartes lettres. Cette dernière approche peut
être longue et infructueuse car le nombre de possibles est
vaste (théoriquement 25 lettres). Toutefois nous avons un
indice, car parmi les lettres visibles il y a le « s
» qui fournit un modèle. La carte du « s
» est donc pré activée et donc
susceptible d’être explorée en
première intention. Jugez par vous même.

Nous avons là des
éléments pour
réfléchir aux méthodes
d’apprentissage de la lecture. Le débat binaire
opposant « syllabique » et « global
» reflète des a priori idéologiques
d’un autre âge, et qui nous rappellent le grotesque
de la querelle du sexe des anges. Se poser en s’opposant est
une attitude infantile fréquente au moment de
l’adolescence. elle ne peut pas être la
nôtre, nous devons entrer dans une démarche plus
construite et certainement plus complexe. L’entrée
dans la lecture relève d’une stratégie
visuelle qui s’initie dès le plus jeune
âge. En effet, il y aura difficulté à
reconnaître les lettres si les cartes des lignes sont
approximatives. Il y aura difficulté à
reconnaître les mots si les cartes des lettres sont floues.
L’entrée dans la lecture relève
d’une chronologie qui va bien au delà du moment du
CP. Si ce moment est celui des mots il n’est qu’une
étape avec un "avant" qui doit être pris en charge
et un "après" qui doit faire évoluer vers des
stratégies de niveau supérieur. Car on ne peut
lire avec uniquement la reconnaissance syllabique des mots. Cette
méthode est trop lourde en consommation
d’énergie. Pour accéder au plaisir de
lire et à la compréhension, la reconnaissance du
mot doit être automatique. Il faut libérer de
l’espace mental pour le consacrer à
l’assemblage des mots constituant la proposition et la
phrase.
L’entrée dans l’écrit
n’est pas chose simple. L’histoire de
l’humanité est là pour nous le
rappeler. Ce n’est pas un hasard si l’homme moderne
qui est là depuis cent mille ans n’est
entré que si tard dans l’écrit, il y a
5000 ans. Pour entrer dans l’écrit il y a tout un
ensemble de compétences à installer
préalablement et ensuite il y a toute une phase de
systématisation pour que l’écrit
devienne un outils. Nous demandons à nos enfants de refaire
ce chemin en quelques années. L’apprentissage de
la lecture ne se limite pas au CP et à l’entrée en
sixième l’apprentissage de la lecture est loin
d’être achevé.
Rmq
: cette approche ne s’oppose pas aux
autres éléments qui conditionnent
l’entrée dans la lecture, comme le fait de lire
des histoires aux jeunes enfants, d’enrichir le vocabulaire
utilisé à l’oral,
d’entraîner à
l’échange verbal avec des adultes …
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