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Un carré logique



Cet exercice de carré logique n’a pas déclenché les passions sur le blog. Il est vrai que sous ses apparences enfantines il est redoutable. Il est saturé d’ambiguïté et la mise en mots est toujours une activité à haut risque. Le vocabulaire et la syntaxe peinent à traduire fidèlement ce que l’on perçoit. La perception comporte une grande part de paramètres qui échappent à la conscience et donc au langage. Nous en faisons l’expérience avec les illusions d’optique où, sachant parfaitement que notre vision est faussée, nous continuons à voir faux. Notre volonté n’est pas assez forte pour, de l’intérieur, corriger l’image construite dans nos aires associatives à partir de l’entrée sensorielle.

Selon l’explication que nous élaborerons à partir du modèle nous aboutirons à des réponses différentes. Pluralité des points de vue, mais logique interne correcte. Tout dépend du comment nous levons les ambiguïtés. Cet exercice est un entraînement à la tolérance. La coexistence de points de vue différents est justifiée et donc respectable. Ce sont nos pensées divergentes qui vont nous faire voir ce que nous ne verrions pas seul, trop enfermé dans notre pensée unique. Nous avons ici un modèle réduit d’élaboration d’une pluralité des cultures humaines.

Mais revenons à notre activité.
Nous allons décrire en nommant les objets : carré et triangle isocèle. L’exercice est constitué d’un triangle équilatéral et d’un demi-disque. Le changement d’objet ne semble pas nous perturber. Notre compréhension semble se situer au-delà des objets, plus dans l’imperçu, dans les relations entre objets, donc à un niveau d’abstraction supérieur. A l’école, nous observons que  les élèves en difficulté adhèrent trop aux traits de surface de la situation d’apprentissage et n’accèdent pas suffisamment aux relations pour pourvoir transposer à d’autres contextes. Ici nous avons nous même élaboré notre compréhension. Nous avons accepté de prendre tous les risques que comporte cette activité. Cela nous amène à accepter le doute sur nous donc nous prépare à accepter le point de vue de l’autre. Notre savoir est plus flexible. Les élèves en difficulté ont tendance à se réfugier dans le modèle d’explication fourni par le Maître. Ce savoir non empreint de doute est rigide, peu transposable et difficile à faire évoluer.

On peut définir les mouvements par deux symétries axiales. Une d’axe vertical pour la grande figure. L’autre d’axe horizontal sur le côté supérieur de la grande figure. L’ordre indiffère. Mais cette explication suppose que ces deux axes soient présents dans les objets proposés par la suite. Nous l’ignorons. Comprendre une situation, même à niveau d’abstraction élevé, suffit-il ? L’expérience ne serait-elle pas le complément inévitable de la compréhension purement intellectuelle ?

En matière de mouvement j’ai vu récemment une élève de 13 ans et en seconde, donc brillante me proposer une rotation de 90° dans le sens des aiguilles d’une montre pour la totalité de la figure, puis la même rotation pour la petite figure seule. Pour l’exercice, ayant un triangle équilatéral,  elle propose la rotation de 60°. Le résultat à l’exercice est  différent. Je n’y avais pas pensé. Nous avons échangé nos points de vue. Nous nous sommes mutuellement enrichi de nos différences.

Venons en aux couleurs. Le partage est-il lié à la petite figure ou à la notion d’intérieur et d’extérieur de la grande figure ? Les résultats à l’exercice, là encore, sont différents selon que nous tranchons dans un sens au dans l’autre. 

 En résumé : Est-il possible de dire tout avec des mots ? Le silence face à cet exercice ne serait-il pas, de fait, la meilleure réponse ? Le monde qui nous entoure est saturé d’ambiguïté. La diversité humaine va s’exprimer dans la façon de lever ces ambiguïtés. Source de pluralité des points de vue qui va nous enrichir si nous sommes tolérants et ouverts à l’autre. Cela suppose une bonne estime de soi pour vivre sereinement le doute et oser prendre des risques. Voilà des attitudes que nous rencontrons chez les élèves qui réussissent.