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La façon dont les bons élèves lisent une consigne est toujours intéressante. D’abord ils en prennent le temps, ils ne se lancent pas dans le travail de façon impulsive. Je dirai même qu’ils prennent un certain plaisir à différer le passage à l’acte. Ils se complaisent dans cet antichambre du « faire ». On sait combien la motivation est dans l’anticipation du plaisir  de la réussite plus que dans le résultat. Mais ce temps de latence ressemble aussi à un échauffement comme cela se pratique en sport. Ils commencent par une perception analytique de la page : partie consigne et partie exercice. Puis nous observons un va et vient incessant entre les deux parties. Ils vont projeter chaque phrase de la consigne sur l’exercice. Ils reformulent avec leurs propres mots. Nous avons là une des caractéristiques du bon élève. Avec les mots de l’autre (la consigne) ils construisent une compréhension, qu’ils reformulent avec leurs mots à eux pour la tester sur l’exercice. Tout écart entraînant une reprise de la réflexion. Des études ont montré chez le violoniste le mécanisme neuronal de l’acte de jouer. Il entend d’abord la musique dans sa tête. C’est cette musique intérieure qui engendre le geste. Ce geste produit sur le violon de la musique extérieure, cette dernière étant reprise par l’oreille et confrontée à celle de l’intérieur.

Dans notre exercice, il faut comprendre le départ en phrase n°1, puis le mécanisme de chaque phrase qui offre deux sorties par des numéros qui renvoient à deux autres phrases. Enfin il faut trouver la sortie, ce qui oblige à tout balayer en lecture rapide. Le bon élève est celui qui sait chercher dans un texte sans le lire. Au passage les élèves repèrent la phrase n°11 ce qui réduit les possibles. 

La recherche commence alors. La diversité humaine en situation heuristique s’exprime bien. Il y a des élèves fascinants. Ils ne bougent pas, ils n’écrivent pas sur la feuille, leur regard semble vague. Et, quelques minutes après (7minutes avec des élèves de secondes) ils annoncent avoir trouvé. Cela reste un mystère. Nous en sommes réduits à des hypothèses. Intuition ? Représentation mentale à un niveau inconscient, avec exploration systématique des possibles à l’insu de la conscience ? Nous avons tous fait l’expérience d’émergence subite de solution à un problème après une recherche infructueuse et alors que nous sommes occupés à autre chose. Ici les explications fournies par les élèves ne sont pas convaincantes. Ils disent avoir d’abord éliminé puis avoir exploré les possibles. Cela suppose un travail conscient au delà des capacités de la mémoire de travail. Mais on ne peut pas rejeter cette hypothèse car j’ai vu une élève  de cinquième, me dire les phrase du chemin sans regarder la feuille. Il est évident qu’avec de telles compétences on ne peut que réussir à l’école. 

D’autres ont écrit sur la feuille en éliminant les impasses. Avec un travail long et fastidieux ils arrivent à la sortie.

Bouilloire s’est dotée d’un critère de jugement pour opérer ses choix. Prendre la voie la plus discrète. Mais en 12 qui est le plus discret ? la droite ou la gauche ? et en 8 il faut passer par le grand hall certainement moins discret que la chapelle abandonnée. Bouilloire a renoncé et a bifurqué sur une autre approche : prendre le labyrinthe à l’envers. Méthode classique dans ce genre d’exercice. A priori j’ai eu une réticence. Mais l’arbre de décision montre un « fouillis » sur deux étapes en partant du 6 et ensuite le chemin est unique donc simple. Donc l'idée est bonne. 

Jusqu’ici personne, au niveau collège ou seconde de lycée, n’a eu l’idée de formaliser le problème. Il faut dire que ces élèves sont jeunes, qu’ils n’ont pas encore atteint un niveau d’étude et d’entraînement où l’on manipule le stade formel avec aisance. Quand je leur expose cette possibilité ils ne semblent pas intéressés. Cette « mécanisation » de la pensée ne leur semble pas porteuse du plaisir qu’il y a à chercher et à trouver.


Cette formalisation du problème n’apparaît que chez des participants de haut niveau d’études scientifiques, habitués à modéliser le réel. C’est en effet la méthode la plus économique en termes de charge de travail. De plus elle permet une exploration systématique qui nous assure de l’unicité du chemin.


En résumé : Comme on le voit chacun a ses préférences ou son style cognitif propre quand il s’agit de chercher. Mais toutes les méthodes ne sont pas équivalentes. Il y a les méthodes inventées à chaque fois en fonction de l’exercice et puis il y a les démarches intellectuelles dont la portée est plus générale. Cela relève de l’éducation et non du bricolage individuel. Il n’est pas facile de dépasser ses « petites » méthodes personnelles pour entrer dans les démarches de la culture.