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L'élève qui réussit a un puissant générateur d'hypothèses.
Il est intéressant d’observer comment les
élèves qui réussissent s’y prennent dans le
traitement de la nouveauté. En effet réussite scolaire et
traitement de la nouveauté sont liés. Mis devant une
tâche pour laquelle ils n’ont pas de réponse toute
prête, ils focalisent sur le sujet et prélèvent un
petit nombre d’indices. Comme tout le monde ils sont
attirés par l’image en premier et c’est par un acte
volontaire qu’ils se dirigent vers la consigne. Le bon
élève ne s’encombre pas des informations inutiles
en fonction de l’objectif, . Mais comment savent-ils discriminer
? Ils procèdent à une lecture « balayage »
non pas pour comprendre mais uniquement pour saisir les mots
importants, ceux dont le niveau d’abstraction est le plus haut.
Au besoin ils iront jusqu’à développer une conduite
de titre. Puis, acte de mémoire, ils activeront les
réseaux neuronaux liés aux mots trouvés. Ils
traverseront les mots pour accéder aux idées. Il est bien
connu que nous ne pouvons avoir simultanément en mémoire
de travail qu’un nombre limité d’idées, mais
ces idée peuvent largement diffuser. Cette étape
dépend donc des connaissances déjà
installées en mémoire. Il s’en suit que plus on a
de connaissances plus il est facile d’apprendre. La
réussite génère la réussite. Un
élève en difficulté par contre lira la consigne
mot à mot de façon séquentielle comme s’il
devait l’oraliser. N’ayant pas fait ce travail
d’approche il ne dispose pas de la vue d’ensemble qui
permet de déterminer la pertinence des informations et leur
hiérarchisation. Il en est réduit à empiler les
indices où l’essentiel se mélange au futile.
Très vite sa mémoire de travail est saturée. Il
entre en surcharge cognitive. Il va donc élaborer sur un
ensemble chaotique d’indices, privilégiant probablement
les derniers reçus. La plus grande intelligence y perdrait son
latin. L’élève en difficulté bricole des
solutions locales propre aux traits de surface de l’exercice en
cours. Il n’est ni dans la portée générale
ni dans l’abstraction. De ce fait il est obligé de
recommencer sa recherche à chaque fois sans pouvoir tirer
bénéfice de l’expérience acquise la fois
précédente.
L’élève qui a de bonnes capacités
d’apprentissage ne retenant que les informations structurantes,
celles plus abstraites se situant à un plus haut niveau dans les
aires associatives, se rapprochant des aires frontales, s’ouvre
un large champ des possibles. Ce sont ces réseaux appartenant
à un grand nombres de concepts qui vont frayer et ouvrir
des chemins. Plus les circuits ouverts par la perception sont à
un haut niveau dans les aires associatives plus l’éventail
des chemins est grand, plus les chances de trouver celui qui marche
sont élevées. Caractéristique essentielle du
bon élève, sa capacité à émettre une
grande variété d’hypothèses et de les tester
systématiquement et à une grande vitesse. Quand une
idée n’est pas bonne il a toujours une idée en
réserve. Il n’est jamais à cours
d’idée. Il a toujours le sentiment de pouvoir agir, de ne
pas être prisonnier du monde extérieur. Il échappe
à ce vide qui envahit l’esprit et génère de
l’angoisse existentielle. Si on a une hypothèse à
mettre en face du monde on se sent moins agressé par ce monde.
Projeter des idées sur le monde extérieur pour le rendre
moins intrusif.
Mais il convient de tester les hypothèse sur ce monde
extérieur. Le bon élève est celui qui sait
à chaque instant faire la différence entre son monde
intérieur et le monde extérieur. C’est ici
qu’interviendra, par exemple, la lecture séquentielle pour
balayer les informations de façon exhaustive. Si l’on ne
trouve pas de contradiction ou simplement de doute alors le sentiment
de vérité s’installera et les circuits de
récompense s’activeront pour renforcer
l’apprentissage. Par contre la découverte de contradiction
ou de doute, amènera à ajuster la réponse ou
à la rejeter en bloc. Un élève qui a
l’habitude de réussir est capable sans honte ni
frustration de réviser ses hypothèses ou d’en
changer. Un mécanisme neuronal de déplaisir aidera
à la fixation en mémoire à long terme d’une
hypothèse rejetée en tant qu’erreur à
éviter. Le plus grand danger est l’hypothèse fausse
non identifiée comme telle, mais, à ce stade de
l’apprentissage, il est encore possible de se tromper car le
passage de la mémoire de travail à la mémoire
à long terme est un processus lent qui se réfère
au turn-over des protéines c’est–à-dire de
l’ordre de 3 semaines.
Les réseaux stimulés lors de la recherche peuvent
conserver une trace de cette activation pendant plusieurs heures. Cela
peut nuire à l’exploration des possibles, car on
aura tendance à réutiliser ceux ayant déjà
un niveau plus élevé d’activité.
D’où parfois la nécessité de marquer
visuellement l’erreur pour que l’entrée sensorielle
renforce l’interdit. On sait en effet que l’entrée
sensorielle est plus forte que l’évocation. Il en est des
illusions d’optiques qui continuent à perturber la
perception alors que l’on sait pertinemment que c’est faux.
Certains élèves sont capables d’isolement sensoriel
de façon époustouflante. Ces élèves «
inactifs », « rêveurs », impassibles,
immobiles, le regard vide que l’on pourrait croire « absent
», « dans la lune », en réalité sont
entrain d’élaborer avec une intensité que
l’on ne peut imaginer. Ce n’est pas du rêve,
c’est de la vie intérieure, c’est un cerveau qui
mobilise ses ressources . Mais la déconnexion sensorielle
n’est pas totale. En fait les aires associatives sont
focalisés sur le support de la recherche pour tester les
hypothèses. Il n’y a pas de geste, il n’est pas
réceptif au contexte, il élimine tout ce qui pourrait
activer les parties basses des aires associatives et qui entraverait le
frayage dans les aires de plus haut niveau d’abstraction. Puis
après quelques minutes de cette attitude « ils reviennent
à eux » et disent avoir trouvé, souvent à
avec les marques de jubilation qui accompagnent l’insight.
Pour que la pensée diffuse à l’intérieur des
aires associatives il faut restreindre les entrée sensorielles.
L’élève en difficulté englué dans le
sensoriel ne peut élaborer et donc ne peut apprendre. La
télévision avec sa succession incessante de
séquences ultra courtes empêche le développement de
ces capacités de frayage intérieur indispensables
à l’apprentissage. Le psychanalyste qui veut que son
patient fouille au plus profond de sa mémoire va au contraire
organiser une espace de vide sensoriel : inaction sur un divan et peu
de bruit.
Les bons élèves ont une grande capacité à
changer vite de domaine de réflexion. A éteindre les
circuits neuronaux pour en ouvrir d’autres. Cette qualité
est essentielle dans notre système scolaire où il faut
changer de discipline en quelques minutes et plusieurs fois par jour.
Ouvrir de nouveaux circuits neuronaux porteur de mémoire et
inhiber ceux qui étaient précédemment
activés. Cette flexibilité, cette rapidité
à se mouvoir d’un champ sémantique à un
autre permet une efficacité de chaque instant donc un rendement
intellectuel qui facilite l’apprentissage. Cette
flexibilité est aussi à la base du mécanisme de
correction des erreurs. Cette flexibilité de la pensée
est-elle liée à la plasticité neuronale ? Comment
peut-on ouvrir et fermer des circuits aussi rapidement ? C’est
probablement du côté des neuromédiateurs,
notamment leur recapture qui permet de nettoyer les fentes
synaptiques, qu’il faut chercher. Pensons aux personnes
dépressives, qui n’arrivent plus à traiter
l’information sensorielle et qui se sentent menacées par
le monde extérieur, qui donc se replient et rejettent
l’extérieur jusqu’à devenir agressive. Or
justement le traitement de la dépression est axée sur la
recapture de la sérotonine. Un nettoyage rapide de la fente
synaptique remet le circuit en état de fonctionnement.
Grande compétence dans le maniement des indices,
flexibilité dans l’émission
d’hypothèses et évaluation par test du
réel, sont caractéristiques de l'élèves qui
réussit.
A suivre…
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