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Les côtés cachés d'un
test.
Les attitudes intellectuelles au seins d'un groupe
d'élèves en réussite
scolaire au lycée
sont intéressantes à observer.
En voici un récit :
Après un moment de silence la gêne
s’installe, ils se regardent. Comment vont-ils surmonter la
situation ? Ces élèves savent se
protéger de la honte. On ne montre pas au prof que
l’on est en difficulté, ne pas lui montrer
qu’on pense qu’il s’est trompé
en fabriquant l’exercice. Pour eux il faut contourner
l’obstacle. Confronter ses inférences personnelles
au monde extérieur pour constater des différences
est toujours source d’inquiétude. Je sais
qu’ils ont plusieurs hypothèses. Mais cette
pluralité s’oppose au « quelle est
» de la consigne qui est au singulier. Enfin
quelqu’un demande s’il y a un piège. Je
réponds que parfois dans la vie on est confronté
à des informations contradictoires qu’il
faut prendre en compte pour élaborer une
décision. Il faut alors évaluer les risques des
différentes alternatives, laisser ouverte un maximum de
possibilités et que justement j’attends
leur façon de réagir.
Avec des élèves ordinaires la démarche
est prévisible. Ils trouvent une explication sur la
première figure, puis teste sur les autres propositions. La
solution trouvée leur paraît unique donc
ils sont satisfaits. Heureusement la diversité au sein du
groupe amène toujours un autre élève
à émettre une autre réponse. Il faut
la confrontation pour que le doute s’installe. Alors commence
un débat. Selon les exercices
déjà fait ils disent qu’il y a
plusieurs réponses justes à condition que
l’explication soit correcte. Dans ce type de groupe je suis
obligé d’intervenir pour dire que ce
n’est pas la bonne approche afin de relancer la recherche.
Avec les élèves en situation de
réussite scolaire, nous n’observons pas du tout la
même réaction. Bien sûr il
élaborent une réponse sur la première
figure, mais au lieu de la projeter sur les autres, ils semblent se
remettre en élaboration de solution. Plutôt que de
dupliquer une réponse toute faite qui ne stimule pas le
système de récompense, ils
préfèrent repartir en
créativité qui leur réactive
l’anticipation du plaisir qu’il y a à
découvrir. Dès lors ils découvrent
très vite la multiplicité des
réponses. D’où la gène
observée. Ils explorent alors l’exercice
comme on se promène dans un labyrinthe. Si le souci de
répondre est présent, il n’est plus
pressant. Ils flânent. La figure D leur pose
problème. Et c’est là que finalement la
cohérence surgit d’un coup avec son lot de
jubilation. La réponse à la question
n’est pas là où il y a une explication
mais là il n’y a pas d’explication.
Ces élèves acceptent cette
éventualité qui s’oppose à
nos habitudes. Les élèves ordinaires sont
beaucoup plus réticents.
Nous voyons là une des caractéristiques
de l'élève qui résussit. Il
n’est pas prisonnier de l’objectif fixé
de l’extérieur. Il s’extrait de
l’ici et maintenant. Il est capable de
s’éloigner de l’objectif. Il est capable
d’en différer l’atteinte. Il est capable
de se fixer lui même des objectifs. Mais ces derniers restent
en relation avec l’exercice. Il est capable d’aller
au delà des besoins immédiats pour explorer le
monde. En ce sens il élargit son champ mental, il tire un
profit beaucoup plus grand que celui proposé par
l’exercice. Il développe une attitude face
à la nouveauté. Il capitalise un savoir. Il
m’est arrivé en classe de quatrième de
proposer un exercice de mathématiques auquel
j’avais enlevé les questions. Le but
était de se promener soi-même dans la situation. A
la fin, je remettais les questions qui étaient
associée par le livre. Les élèves
étaient surpris de la pauvreté de
l’exercice. C’est peut là une des
clés de la réussite. Cette attitude exploratoire,
au delà des besoins, mobilisée
régulièrement et depuis des années
forge peu à peu les outils de la réussite.
Par ailleurs ces élèves s’adaptent
très bien aux situations qui bousculent leurs habitudes. Que
la réponse soit celle qui ne peut pas s’expliquer
est surprenant. C’est cette flexibilité par
rapport à des à priori qui est une force pour
apprendre. Souvent sur les connaissances scolaires nous avons des a
priori qui nous viennent de la vie quotidienne. Par exemple nous dirons
la direction de Clermont-Ferrand, alors qu’en
mathématique le mot direction désigne
l’ensemble des droites qui sont parallèles
à une droite donnée. Nous parlerions alors du
sens Issoire-Clermont et non de direction. C’est cette
flexibilité qui permet l’adaptation aux exigences
scolaires. Ce que les élèves en
difficulté ne savent justement pas faire. Construire
rapidement des circuits neuronaux qui répondent à
une situation donnée à un moment
donné, éteindre ceux qui provisoirement ne sont
pas pertinents. Cette plasticité neuronale est peut
être aussi un des fondements de la réussite.
Cet exercice
m’a été inspiré par Maia sur
son blog :
http://www.20six.fr/maia/archive/2004/11/
Maia avait visé juste, la réaction des
élèves de haut niveau sur cet exercice est
intéressante.
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