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Qu'est-ce que lire un texte ?
Cet exercice continue et achève une
réflexion sur quelques mécanismes qui sous
tendent la lecture.
Ce texte montre que nous, adultes, ne lisons pas les mots par syllabes.
Le réseau neuronal d’un bloc mot n’a pas
besoin de tous les détails pour se réactiver.
Quelques indices suffisent pour « lire » un mot.
D’ailleurs, la lecture ne devient fluide que si nous arrivons
à reconnaître directement au niveau du bloc mot.
C’est la condition pour que la lecture permette
l’accès au sens et procure du plaisir.
Quand , nous enseignants de collège, disons que certains
élèves de sixième ne savent pas lire
c’est de cela dont nous parlons. Pour avoir testé
mes élèves à leur arrivée
en sixième je peux dire que tous (sauf les 4% de dyslexiques
que l’on rencontre partout en Europe) possèdent la
lecture syllabique. Le CP semble donc faire correctement son travail.
Seulement n’avoir que cette méthode pour lire ne
permet pas de comprendre un texte de géométrie,
par exemple, où il faut se dégager de la gangue
des mots pour extraire les deux ou trois mots clé qui
focalisent et structurent la pensée. La lecture mot
à mot viendra ensuite pour valider les hypothèses
émises suite à l’extraction de cette
première nappe d’indices. Mais pour extraire ces
quelques mots clé, il faut maîtriser la lecture
par blocs mots. Je ne dis pas qu’il faille commencer
l’apprentissage de la lecture sur ce versant, je ne suis pas
un adepte de la méthode globale, mais je récuse
l’intégrisme des partisans du syllabique. Ce qui
est en cause dans les difficultés de lecture à
l’arrivée au Collège est, à
mon avis, l’insuffisance dans le passage de la lecture
syllabique à la reconnaissance du bloc mot. Cela suppose une
pratique soutenue de la lecture pour créer et stabiliser les
cartes neuronales afférentes. Cela suppose aussi un guidage
vers ces pratiques de lectures. Le collège poursuit cet
apprentissage. Les études PISA montrent que les jeunes
française de 15 ans ont un niveau de lecture correct.
L’armée qui voit maintenant garçons et
filles évalue à 8% les difficultés de
lectures, 10% pour les garçons, 6% pour le filles. Nous
sommes dans les niveaux européens, peut être
même un peu mieux. Rien ne justifie que l’on sombre
dans le catastrophisme que voudraient nous imposer ceux qui se
complaisent à broyer du noir. La lecture est un processus
complexe. Vouloir le réduire à une de ses
composantes relève d’une démarche
totalitaire, où la partie se prend pour le tout. Il semble
difficile à certains d’élaborer des
démarches de complémentarité entre des
composantes multiples.
En
résumé. Si l’on veut
avancer en matière d’apprentissage de la lecture,
la priorité me semble être de construire une
sémiologie des difficultés. Cibler la mise en
place des cartes neuronales liées aux formes des lettres,
mais aussi celles liées aux sons, une meilleure articulation
entre perception analytique et holistique tant au niveau visuel que
sonore, un entraînement systématique et intensif
pour construire des automatismes de lecture, etc. La tâche
est immense, il n’y pas de temps à perdre avec des
querelles d’un autre âge.
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