Médiation cognitive

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Le nuage de points donné seul met mal à l’aise, car il offre une multitude d’objets indifférenciés, sans lien apparent entre eux et ne permet pas à la pensée de se structurer. Le cerveau génère sans cesse des hypothèses sans qu’aucune n’aboutisse ce qui n’active pas les systèmes de récompense et donc favorise la montée de l’angoisse face à l’inconnu. L’imagerie médicale montre alors un cerveau qui s’active massivement, qui travaille trop, et qui va s’épuiser. C’est ce phénomène que l’on observe lors d’un apprentissage sur un domaine entièrement nouveau. N’ayant aucune structure, même approximative, à projeter sur le perception il y  a une sorte d’embrasement du cerveau. Puis quelques mois plus tard, après entraînement, la même tâche sera exécutée à faible consommation d’énergie. Une étude récente tendrait à prouver également que ce phénomènes de cerveau qui travaille trop serait visible en imagerie médicale chez les grands déprimés confronté à des tâches intellectuelles, d’où, par effet rebond, un épuisement rapide qui rend incapable de traiter correctement le monde extérieur.

Mais ici, pour échapper au sentiment de chaos, nous disposons d’un modèle dont nous savons qu’il est pertinent. Mais ce n’est pas le modèle visible qui va directement s’appliquer sur le nuage. C’est la représentation mentale du modèle que nous allons construire qui va se projeter sur le nuage jusqu’à s’emboîter exactement dans un assortiment de points. L’exploration exhaustive du modèle faire émerger un grand nombre d’informations. Deux paires de  parallèles, deux angles droits, deux triangles isocèles rectangles emboîtés l’un dans l’autre, l’alignement des quatre points de la base, un axe de symétrie... Mais la mémoire de travail ne peut maintenir autant d’informations à la fois. Ils nous faut alléger la charge cognitive et pour cela trouver une partie nécessaire, non suffisante a elle seule, mais néanmoins suffisante pour constituer un amorçage mnésique et donc orienter l’exploration perceptive. Il s’agit probablement des quatre points alignés de la base. Encore que la diversité humaine permet d’envisager chez certains d’autres indices précurseurs, comme le petit triangle par exemple.  Mais quatre points aligné il y en a une autre occurrence. Notre perception doit être affinée par un critère métrique d’espacement. L’indice trouvé il faudra poursuivre notre recherche pour savoir de quel côté se trouve la figure. Il y a l’axe de symétrie constitué par les deux sommets d’angle droit, ou le petit et le grand triangle. Ces indices secondaires permettent d’achever la recherche tout en validant notre hypothèse. Nous avons là un processus mental courant. La reconnaissance d’un visage se fait sur quelques indices autour des yeux puis validation de l’hypothèse par d’autres informations prises sur le reste du visage. Dans l’acte de lire le mot est identifié sur quelques indices visuels puis validé par l’insertion de son sens dans le récit ou, sinon, par un examen plus syllabique. L’acte de lire n’est pas aussi mécanique que certains voudraient nous le faire croire.
Le modèle étant trouvé, nous avons répondu à la consigne qui nous était imposée de l’extérieur, notre système de besoin est satisfait. Certains s’arrêtent là. Comme de  bons ouvriers ils ont accompli la tâche qui leur était demandée. Le cadre lui, va de lui même relancer un questionnement au delà de l’exigence première. Que font là les points qui restent ? Si certains sont reliés selon un modèle, les autres le seraient-ils aussi ? Mais alors y aurait-il un modèle caché ? La tâche est risquée, car sans modèle le nombre de possibles est élevé. Quel critère me permettra de décider d’un choix plutôt que d’un autre ? La référence à un objet connu ?  Un critère esthétique ? Un modèle géométrique ? Là encore la diversité humaine va se déployer. Si l’argumentation est bien structurée elle sera recevable. La tolérance face à la pensée divergente sera alors une nécessité.

En résumé : dans un groupe cet exercice soulève beaucoup des débats et incite à une réflexion au fond. Les élèves qui réussissent savent aller au delà du faire et du résultat. Ils laissent les idées frayer dans la mémoire et le générateur d’hypothèses. Le débat monte alors en abstraction. Les élèves en difficulté scolaire, un fois la tâche accomplie, souvent sans souci de justesse, repartent dans l’agitation physique et verbale, ils recherchent de nouvelles stimulations dans leur environnement. Le développement de l’intelligence serait-il lié à une capacité à méditer ?