dimanche 7 septembre 2008
Par Charles Lostis,
dimanche 7 septembre 2008 à 15:05 :: - Une recherche en cours
Projeter une structure mentale sur un nuage de points n’est pas une idée nouvelle. C’est le psychologue André Rey qui en a eu l’idée. Né à Lausanne en 1906, ce psychologue a été très créatif. On lui doit, entre autres, la fameuse figure complexe dite de Rey et les exercices d’organisation de points. André Rey qui n’a jamais breveté ses inventions a été de plus éclipsé par un psychologue de renom : Jean Piaget.
Les exercices d'organisation de points ont été repris et développé ultérieurement par Reuven Feuerstein dans son Programme d’Enrichissement instrumental (PEI). Nous nous proposons ici d'avoir une apprcohe sensiblement différente de ce concept.
- Objectifs de cette série
- Identifier, reconnaître
- Consolider une démarche mentale
- Connaître la frustration
- La catégorie plutôt que l'objet
- Être vigilant à tout
- Savoir discriminer
- Consolider une démarche mentale
- Établir des liens
- Persévérance ?
- Au delà
- Une prothèse mentale
- Le doute
samedi 6 septembre 2008
Par Charles Lostis,
samedi 6 septembre 2008 à 15:33 :: - Une recherche en cours
Attardons-nous un peu sur l'approche du PEI. Voici reproduite une page d’exercices, volontairement réduite pour des questions de copyright.
Le modèle est dessiné en haut à gauche. Le médiateur va demander de nommer les figures. C’est astucieux, car ce faisant nous prenons appui sur une représentation mentale déjà existante, ce qui économise de l’énergie mentale. C’est aussi l’ouverture de l’ici et maintenant sur un monde vécu. C’est une démarche de transposition qui sera reprise ultérieurement à un niveau plus abstrait. Mais la structure qui organise les points du modèle est imposée d’amblée. C’est la ligne qui marque le bord de l’objet. C’est en quelque sorte la « peau » de l’objet. Cela a aussi un sens par rapport à la représentation du corps, et la façon dont nous gérons la relation entre notre monde intérieur et le monde extérieur. Ensuite le médiateur va passer à une perception analytique de l’objet. Non plus, une perception intuitive et holistique mais l’objet vu comme assemblage d’éléments simples reliés par des concepts mathématiques de la géométrie euclidienne. C’est le passage de l’espace topologique auto centré et uniquement fait de relations de contiguïté à un espace euclidien structuré par des relations extérieures à nous. Cette étape de perception analytique sera aussi l’occasion de choisir les indices susceptibles d’amorcer les réseaux neuronaux qui représentent la figure dans sa totalité.
Mais le modèle ainsi dessiné est donc imposé, alors qu’il y a d’autres façons de structurer ces points, notamment en faisant ressortir des relations internes, des sous-structures. Dans l’esprit des concepteurs (il me semble) cela se réfère à l’idée que la culture est déjà là, qu’elle est le fruit de l’expérience de ceux qui nous ont précédé et qu’à ce titre elle s’impose à nous. Or, de la même façon qu’il y aurait d’autres façons de structurer les points du modèle, nous constatons que face au même problème, l’être humain a apporté des réponses fort différentes dans la grande diversité des cultures. Certes, il y a nécessité d’être en osmose avec la culture du groupe auquel on appartient, mais se réfugier dans sa culture est une forme de repli à un moment où les progrès techniques imposent au contraire une démarche heuristique pour repenser les modèles qui ont été élaborés dans un autre contexte.
Le fait d’imposer un modèle peut générer des dysfonctionnements. Combien de fois ai-je vu des élèves, ayant parfaitement conduit une démonstration à leur façon, renonçant à leur travail sous prétexte qu’il n’est pas conforme au « modèle » donné par le « professeur ». Se mettant ainsi en deuil de leur style cognitif, et voulant se couler dans un style qui n’est pas le leur, ils échouent. Il y a une multitude de causes à l’échec scolaire. Le modèle abusivement imposé en est une.
De là m’est venue l’idée de donner les points et de demander de réfléchir à la structure que l’on peut projeter pour les organiser. Nous verrons que d’une personne à l’autre il y a une grande diversité d’idées. Rassurez-vous l’échange fait bien émerger le modèle qui avait été choisi par le concepteur. Mais il n’y a plus soumission à un modèle imposé de l’extérieur, il y a adoption d’un modèle proposé sans qu’il y ait renoncement à son modèle spontané. Et, en effet il ne faut pas masquer ce modèle spontané, il faut au contraire le regarder pour en juger la validité et les limites. On sait bien que la solidité de l’erreur chez certains élèves vient de la résurgence d’un modèle spontané inefficace qui n’a pas été identifié comme tel. Cette élaboration du modèle est conforme à l’idée que développaient Jean Pierre Changeux et Stanislas Dehaene lorsque dans l'article intitulé "Modèles neuronaux des fonctions cognitives" paru en 1991 aux Annales de l'Institut de Philosophie de l'Université de Bruxelles, ils parlaient "...d'un cerveau constamment entrain de générer des variétés d'hypothèses internes et de les tester sur le monde extérieur, plutôt qu'un environnement qui impose (et enseigne) des solutions directement à la structure interne du cerveau". Depuis, les neurosciences ont confirmé ce point de vue.
Cette première phase de travail dans la démarche du PEI est suivie d’un travail de dessin dans les cases. Il faut reconnaître que ces exercices sont très bien conçus. Pour ne pas dévaloriser, la difficulté est bien graduée et une case difficile est suivie d’une case facile. Mais aussi les cases difficiles ne sont pas les mêmes d’un individu à l’autre. Par contre nous sommes dans un moment long où le « faire » prime, et où il est difficile de conduire une réflexion métacognitive. Surtout que ces exercices sont les premiers du PEI, à un moment où l’élève n’est pas encore en état de verbaliser sa pensée. J’ai toujours pensé que cet outil avait une grande richesse et qu’il était un peu « gaspillé ».
Cet aspect répétitif et de systématisation en vue d’une automatisation correspond, là encore, à la vision de l’apprentissage d’une certaine époque. Une forme de dressage en quelque sorte. Certes, pour aboutir à un traitement fluide de l’action, il faut une consolidation des circuits neuronaux et cela passe par la répétition. Mais pas par la répétition consécutive, qui au contraire sature les fentes synaptiques et éteint les réseaux de neurones. Il faut des répétitions espacées dans le temps car ce qu’il faut automatiser c’est la mise en activité des réseaux. Pensons à la madeleine de Proust. De plus il faut que le réseau concerné par l’activité diffuse des ramifications vers l’abstraction et la dimension métacognitive, dans les aires associatives de niveau supérieur. D’où l’idée de n’avoir qu’une seule case que l’on « fait » uniquement mentalement afin de privilégier la verbalisation de sa démarche heuristique. Un seul exercice mais le faire fructifier au maximum.
Enfin vous verrez, au fil de la progression, que chaque exercice traite un aspect particulier de la pensée que l’on déploie dans des situations de la vie quotidienne. Comme les pilotes d’avion qui s’entraînent sur des simulateurs de vol, cet ensemble d’exercices constituent un simulateur du savoir penser.
vendredi 29 août 2008
Par Charles Lostis,
vendredi 29 août 2008 à 15:28 :: - Quelques exemples de pratique
Dans cette partie nous abordons quelques exemples de pratique avec élèves.
La priorité est de ne pas amorcer l’anxiété liée au vécu de l’école. Il nous faut rompre résolument avec les traits de surface des exercices scolaires pour obtenir un engagement dans la tâche. Les exercices utilisés sont inspirés des tests d’intelligence, non pour mesurer quoi que ce soit, mais pour s’entraîner à la méta cognition et apprendre à penser. Contrairement à ce que certains pensent ce ne sont pas des amusements. Ces exercices ne livrent pas facilement la réponse. Ils exigent une mobilisation de toutes ses ressources intellectuelles et même au delà. Le but n'est pas de réussir un exercice mais d'apprendre à réussir. Apprendre à l’élève à flâner dans une situation, à en explorer les recoins, dans une sorte d'éloge de la lenteur, pour laisser les indices frayer dans la mémoire et stimuler le générateur d’hypothèses. Amener l'élève à découvrir que l'intelligence repose sur des opérations mentales qui peuvent s'apprendre. Ce n'est pas de la méthodologie car il n'existe pas de modèle standard du fonctionnement de l'intelligence. Chacun doit se regarder dans le miroir que constitue l’exercice et évoluer en conséquence dans le cadre de références culturelles qui peuvent être multiples.
Pour l’adulte qui pilote le groupe, une telle démarche ne s’improvise pas. Il faut parfaitement maîtriser les critères de médiation énoncés par le Professeur Reuven Feuerstein et Jérôme Bruner. L'animateur doit avoir des connaissances scientifiques sur le fonctionnement du cerveau pour injecter des explications aux phénomènes observés et donner du sens afin de réduire l'angoisse.
Le médiateur doit absolument réfréner son attitude explicative centrée sur le contenu et contenir son obsession du bon résultat, pour résolument focaliser sur l'être humain en recherche de sens, repérer son domaine d'expertise et le tirer en restant dans sa zone proximale de développement.
Une telle action se déroule sur une vingtaine de séances à raison d’une heure par semaine avec un groupe hétérogène de sept élèves.
Et, surtout, n’oublions jamais Jean Pierre Changeux et Stanislas Deheane quand ils parlent :
« ...d’un cerveau constamment entrain de générer des variétés d'hypothèses internes et de les tester sur le monde extérieur, plutôt qu'un environnement qui impose (et enseigne) des solutions directement à la structure interne du cerveau".
- Simulateur d'apprentissage d'une leçon
- Construire du sens
- Récit d'une séance
- Le long cheminement de l'abstraction
- Anxiété ? Une faille de sécurité
- Clinique des apprentissages
Et même quelques exemples de métamathématiques :
- Autour de la médiatrice
- Autour des puissances
- Saisir l'instant de l'erreur
Par Charles Lostis,
vendredi 29 août 2008 à 11:58 :: - S'entraîner à apprendre
Nous allons utiliser les sudokus, mais entendons nous bien, le but, ici, n’est pas de devenir des experts en sudokus. Nous sommes dans une démarche de médiation cognitive. Notre objectif est de développer nos capacités d’apprentissage. N’exigeant aucune connaissance abstraite, ne sollicitant pas la mémoire à long terme, le sudoku, au plus près de la perception, nous fait travailler l’organisation spatiale à un bas niveau dans les aires associatives.
Si nous savons choisir nos exercices en restant dans la zone proximale de développement, ni trop facile, ni hors de notre portée, le sudoku nous fait, pas à pas, vivre une succession d’insights qui stimulent notre système de récompense et nous met dans un état de bien être. Cela nous incite à y revenir, provoquant une répétition qui génère une automatisation de nos circuits neuronaux, repoussant peu à peu nos limites. Pour réussir en sudoku jusqu’au niveau difficile, quatre ou cinq stratégies suffisent. Mais ces stratégies doivent être parfaitement automatisées pour être simultanément pré activées de façon endogène puis sélectionnées au niveau de l’inconscient cognitif par le monde extérieur. Un contrôle conscient à posteriori est néanmoins recommandé.
Nous n’allons pas vous expliquer les stratégies. Nous allons vous fournir des exemples pour que vous élaboriez vous même votre savoir. Explorer les possibles, apprendre à détecter les indices pertinents, émettre des hypothèses, tester votre idée sur la grille, conceptualiser les stratégies gagnantes et perdantes, toutes activités mentales qui font un véritable apprentissage sûr et flexible. Etant bien entendu que le vrai savoir ne se limite pas au vrai, il est aussi fait de reconnaissance du faux.
Il ne vous suffit pas de trouver la réponse à la question posée. Il convient de bien identifier le comment vous vous y êtes pris. Quels indices ? Pourquoi ces indices et pas les autres ? Quelles étapes ? Le tout uniquement mentalement. Ne prenez pas de notes écrites. Car ensuite votre savoir serait lié à une leçon et non à une situation. N’oubliez pas, notre but est d’apprendre à élaborer seul des stratégies. Débarrassons-nous de cette obsession du résultat. Avançons à notre rythme, recommençons la démarche autant de fois que nécessaire. C’est long mais c’est le plus efficace. Des savoirs appris par des leçons toutes prêtes, et avec une systématisation insuffisante, génèrent des chapelets de déficiences qui vous poursuivent toute votre scolarité. L’insuffisance des périodes de systématisation à l’école est probablement une des sources de cet échec qui s’installe au fil des classes
C’est d’avec cela que nous voulons rompre. Chaque être humain, justement parce qu’il est humain, est doté d’un potentiel d’intelligence gigantesque qui ne demande qu’à être actualisé. Alors allons y.
Suivez l'ordre des étapes.
- 1 - Associer des lignes ou colonnes
- 2 - Automatiser un apprentissage
- 3 - Vous avez une case vide
- 4 - Automatiser deux stratégies
- 5 - Deux ou trois cases vides
- 6 - Automatiser des stratégies
- 7 - Positionnement intermédiaire flou
- 8 - Automatiser le positionnement flou
- 9 - Deux des trois cases vides en positionnement flou
- 10- Double positionnement flou
- 11- Autre double positionnement flou
- 12- Automatiser des stratégies (1)
- 13- Automatiser des stratégies (2)
- 14- Automatiser des stratégies (3)
- 15- Automatiser des stratégies (4)
- 16- Une grille complète (1)
- 17- Une grille complète (2)
jeudi 28 août 2008
Par Charles Lostis,
jeudi 28 août 2008 à 14:00 :: - Quelques exemples de pratique
Avoir toujours à l’esprit : réfréner son attitude explicative centrée sur le contenu et son obsession de résultat. Ne jamais expliquer ni valider une réponse mais ne pas laisser s’installer une démarche fausse. Procéder uniquement par questionnement et utiliser la pensée divergente au sein du groupe.
Objectifs de la séance :
Elargissement mental : laisser exprimer la pensée spontanée, puis par questionnement tirer dans la zone proximale de développement.
Utiliser plusieurs sources d’information.
Faire entrer l’autre dans sa pensée.
Déroulement de la séance :
Donner la feuille et laisser un temps pour la lecture et amorcer la réflexion individuelle.
« Que pouvez-vous me dire au sujet de cet exercice ? »
Laisser venir la parole et rebondir par des questions visant à montrer que l’on a besoin des deux sources d’information : la figure et le texte. Le dessin seul ne suffit pas. Certes il suggère l’idée de médiatrice mais rappeler que notre système visuel est très imprécis et qu’il génère parfois des erreurs, comme dans les illusions d'optique. Nous ne pouvons pas être sûr avec seulement le dessin qu’il y a milieu et orthogonalité. Le texte dit bien médiatrice avec deux segments ayant un point commun, donc contenant, mais implicitement, l’idée de triangle. Nous aurions bien du mal à cheminer loin avec le texte seulement. C’est un travail d’expert.
Demander de lister les mots-clés qui semblent structurer l’exercice. En effet tout exercice est construit autour de quelques idées simples qui en constituent l’ossature, le reste n’étant qu’agencement périphérique. Le nombre de mots-clés est très réduit. En effet il faut savoir que notre mémoire de travail ne peut contenir que 7 informations plus ou moins deux. Les recherche récentes parlent de 5 et même de 3 en ce qui concerne les enfants. Pour que l’intelligence puisse se déployer correctement le nombre de mots doit être réduit. Par contre le volume de savoir contenu dans le mot-clé est sans influence. D’où la nécessité d’une conduite de titre pour trouver les mots clés qui englobent le plus possible.
Ici nous en avons deux : triangle et (deux) médiatrice.
Les deux réseaux sémantiques possèdent à leur intersection l’idée de cercle circonscrit. Faire ressortir l’importance de savoir ses leçons car cela on ne peut pas l’inventer tout seul. L’humanité a mis des siècle a construire le savoir mathématique. Il y a fort peu de chance d’y arriver seul et en quelques mois. Il faut apprendre ce que les autres, avant nous, ont eu beaucoup de mal à comprendre. On peut guider par des questions : « Quel est le grand mot clé de médiatrice ? » « Où retrouve-t-on aussi ce mot clé ? » « Rappeler-vous les exercices précédents ? » faire surgir l’idée de cercle . «Si je dis triangle et cercle à quoi pensez-vous ? » Faire prendre conscience à quel point ce que l’on a déjà fait est une aide précieuse Faire comprendre que ne pas faire le travail demandé par un professeur revient à s’attacher un « boulet » qui, plus tard, nous « alourdira » quand nous serons seul devant un exercice. Ce type de conseil doit se donner en passant sans insister. Surtout pas de leçon de morale risquant de rétablir une relation de subordination, contraire à notre objectif d’émergence du sujet.
Le mot-clé de ce texte est médiatrice qui est composé de trois mots clés : perpendiculaire, milieu, équidistant. L'exercice pousse vers point de la médiatrice donc il faut penser avec le troisième mot.
Il est possible que certains élèves aillent au plus court c'est-à-dire sur milieu et perpendiculaire. Demander alors de revenir au texte pour y chercher une information que nous n'avons pas prise en compte jusqu'ici. A savoir le point O.
Faire dire l'enchaînement d'idées : deux points médiatrices sécantes en O donc O équidistant de ... donc O centre de cercle.
A ce stade de la réflexion la forme de l'expression est secondaire. Ce qui compte est le fil des idées au plus près des aires sémantiques.
Puis, demander de construire oralement l’explication pour faire comprendre l’autre. Ayant déjà compris, on ne s’exprime pas pour soi mais bien pour l’autre. Il faut prendre en compte son point de vue et poser des hypothèse sur ce que l’on pense indispensable à sa compréhension. Ce travail de rédaction n’est possible que si l’on a soi même les idées claires. Il faut toujours commencer par la citation d’une partie du texte et en construire l’explication en vue d’atteindre un but.
Le texte dit que : « O est le point d'intersection de la médiatrice de [AB] avec la médiatrice de [AC] »
donc je déduis que
O est équidistant de A et de B
et
O équidistant de A et de C
donc je déduis que
O est équidistant des trois points A, B et C
donc je déduis que
A, B et C sont sur le cercle de centre O
qui est le cercle circonscrit au triangle ABC
« A –t-on fini ? » « Avoir trouvé une réponse suffit-il ? » « N’y a-t-il pas encore quelque chose de caché dans cet exercice ? » Mais demander de ne pas émettre de réponse tout de suite. Laisser chacun mettre son cerveau en état de recherche. Demander à celui qui croit avoir trouvé non pas de donner son idée mais seulement un indice. Il est important qu'un maximum d'élèves vivent l'insight. C'est le seul moyen d'ancrer le savoir dans les aires sémantiques. En fait on cherche à les faire parler de la troisième médiatrice, d'un triangle OAB isocèle de sommet principal O. Mais si cela ne vient pas ne pas insister. Forcer le chemin serait peut être rassurant pour le médiateur mais inutile pour l'élève.
Bien entendu un tel niveau de travail personnel exige un long entraînement.
Par Charles Lostis,
jeudi 28 août 2008 à 11:41 :: - Une maison pour apprendre
Christian CHEMINADE
Psychologue clinicien - Directeur
Enseignant vacataire au centre de formation permanente de l'Université d'Auvergne.
Formateur praticien en évaluation du potentiel et en éducabilité cognitive
La Maison pour Apprendre
3, rue du Collège
15200 MAURIAC
Tél : 04 71 68 12 94
Fax : 04 71 68 26 46
vendredi 22 août 2008
Par Charles Lostis,
vendredi 22 août 2008 à 09:43 :: - S'entraîner à apprendre
Imprimez la grille. N'écrivez dans les cases que le chiffre qui convient. Jamais la liste des possibles. Tout doit se faire mentalement. Il s'agit de développer l'empans de notre mémoire de travail.
S'entraîner à laisser "monter" la stratégie qui convient. Être flexible. Les avoirs toutes disponibles en permanence. Laisser son inconscient cognitif agir. Mais vérifier avant d'écrire.
jeudi 21 août 2008
Par Charles Lostis,
jeudi 21 août 2008 à 15:07 :: - Quelques exemples de pratique
Voici un modèle réduit d’apprentissage de leçon.
Un modèle est donné. Le système scolaire, avec sa manie de tout expliquer, fournirait une leçon bien peaufinée que l’élève devrait apprendre clé en main. Au contraire nous allons construire nous même du sens.
Malgré son apparence simple l’exercice est loin d’être anodin.
D’abord il faut comprendre que la leçon n’est pas dans les objets perçus mais dans les liens qui existent entre les objets. Nous devons accéder à l’imperçu, par un travail d’élaboration interne. Nous sommes dans une démarche d’abstraction et de généralisation. Combien de fois voyons nous des élèves apprendre ce qu’ils savent déjà, car l’apparence a tout simplement changé. Au fond la leçon est dans la flèche.
Une flèche qui exprime un schéma de relation entre un début et une fin, un avant et un après, des données et un objectif. Il y a une dimension temporelle souvent mal maîtrisée par les élèves. Combien mélangent données et contenu de la question dans les exercices de mathématiques ? Combien de fois, au quotidien, voyons-nous les liens de causalité inversés car ne respectant pas l’ordre de succession.
La perception doit être exhaustive et précise pour élaborer des relations spatiales cohérentes. Exprimer les positions relatives des objets n’est pas facile. L’expérience montre que beaucoup d’élèves ont des déficiences en matière de vocabulaire de l’espace. Surtout que la modalité graphique de l’exercice nous oblige à produire nous même les mots. Il faut dépasser la perception holistique vague pour accéder à une perception analytique.
Enfin il faut inférer la règle. L’opération mentale de comparaison est nécessaire. En vertu du principe d’activation biologique par le changement, les différence sont bien perçues. Par contre exprimer l’invariant est une démarche interne volontaire non naturelle. C’est pourtant le principe de base de la conceptualisation en vue d’une généralisation.
Ne pas souffler de réponse, ni apporter d’aide. Seulement veiller que le discours coïncide avec la monde extérieur. En cas de dérapage poser des questions. C’est l’élève qui doit, seul, détecter son erreur et se corriger.
On peut obtenir une « leçon » du genre : « On a deux triangles équilatéraux, un petit à l’intérieur d’un grand. Les bases sont parallèles. Les deux sommets sont dirigés vers le haut. Le grand triangle ne change ni en forme ni en taille ni en orientation. Le petit triangle reste à l’intérieur du grand, les bases restent parallèles, il conserve la même taille, mais son sommet est dirigé vers le bas. » Une variante peut être sur la dernière phrase : « … Le petit triangle subit une symétrie par rapport à sa base. » Les élèves risquent de se retourner vers l’adulte pour demander qu’elle est la bonne réponse. Rompre la dépendance à l’adulte pour aller vers l’autonomie. Valider les deux « leçons » sans commentaire. La pluralité des vérités choque. Et pourtant c’est la base de la tolérance et de l’intérêt porté à l’autre.
Bien sûr il s’agit là de discours déjà bien élaborés. Car la plupart du temps on obtient directement « le petit triangle se retourne ». Focalisant sur le changement sans mentalisation des invariants. Si c’est ainsi qu’ils apprennent leurs leçons il y a du travail à faire.
On apporte alors l’exercice associé.
Et notre « leçon » s’effondre. Les objets ont changé. Il faut surmonter la frustration et repartir sur la leçon. C’est la classique répartie de l’élève : « je croyais que. » Oui il croyait sincèrement, mais le monde extérieur n’a que faire de nos croyances. Il faut alors identifier la faille et la colmater. Abstraire. Décrire les relations sans nommer les objets.
« Il y a un objet contenu dans un autre. Ils restent de même forme et même taille. Celui de l’intérieur …> » Mais problème. Quelle explication retenir . Symétrie par rapport à la base ? Mais il n’y pas de base pour un cercle. Faire passer le cercle de l’autre côté du carré ? Avec ou sans retournement ? Un cercle qui se retourne ce n’est pas visible. Vous imaginez le débat. Le médiateur doit veiller que les arguments restent ancrés dans le monde réel. Stimuler le générateur d’hypothèse mais ne pas délirer. Voilà qui débride l’intelligence. Et peu importe qu’il y ait une vérité ou pas. L’essentiel est d’avoir mis les neurones en ébullition. Les élèves ont goûté à cette drogue qu’est l’activité intellectuelle intense. Ils y reviendront.
Verbalisation de sa pensée, perception analytique, relations temporelles et spatiales, comparaison, émission d’hypothèse et test sur le monde extérieur… pour construire soi même du sens. Voilà ce que contient cet exercice. Il touche aux mécanismes profond de l’apprentissage. Alors ? Anodin ? Amusement ?
Par Charles Lostis,
jeudi 21 août 2008 à 12:19 :: - Quelques exemples de pratique
L’exercice précédent nous entraînait à créer du sens à partir d’un support en modalité graphique. Passons maintenant en modalité verbale. Surtout ne pas en faire un exercice de français qui réveillerait l’anxiété liée à l’école. Laisser l’élève apprivoiser à son rythme et selon son style personnel. Il y a des moments où il faut savoir se taire pour laisser l’autre exister.
Ce sont encore les termites qui se trouvèrent à l’origine de l’idée consistant à nourrir des populations étrangères pour les amener à se battre à leurs côtés lors des invasions. L’idée était révolutionnaire. Et la surprise fut de taille lorsque des armées fourmis eurent à affronter des sœurs de même espèce combattant pour les termites. Les fourmis auraient volontiers réagi en imitant leurs ennemis, en stipendiant des légions termites pour lutter contre les termites.
Bernard Werber : « Les fourmis »
Ce texte est difficile. Il faut construite le réseau de relations sociales entre les termites et deux catégories de fourmis. Il y a beaucoup d'informations de niveau différents. Il faut identifier les "populations étrangères" et "en imitant leurs ennemis". Le mot "stipendier" ne se laisse pas facilement attraper. Il est intéressant d'observer les comportements individuels des élèves. Il y a ceux qui se replient pour réfléchir en se mettant à l'abri du regard des autres. Il y a ceux qui multiplient les essais, qui s'engouffrent dans l'agir pour échapper au vide, plein d'angoisse. Il y a ceux qui décrochent et se trouvent une autre occupation, par exemple en discutant avec un voisin, en manipulant des objets de façon frénétique...Il arrive que le groupe renonce et que je doive donner un coup de pouce.
Décidément, il est bien difficile d’afficher son incompétence en public. Vont-ils dire qu’ils ne connaissent pas le mot « stipendier » ? Tout le problème de la honte est posé ici. Et sous quelle forme vont-ils le dire ? Simplement le reconnaître ou demander une explication ? Vont-ils développer une démarche d’autonomie face à la difficulté ou une dépendance à l’adulte ? Dans certaines populations africaines il est mal venu de poser des questions.
On peut ensuite demander de faire l’inventaire des attitudes possibles face à cette méconnaissance d'un mot : le dictionnaire, demander à quelqu’un, s’appuyer sur des mots de la même famille, utiliser le contexte pour élaborer un sens congruent. C’est cette dernière approche qui sera retenue ici, dans le cadre de notre entraînement cognitif.
S’accrocher au texte, identifier des indices, déterminer leur pertinence, poser des hypothèses de sens pour le mot « stipendier », tester ce sens sur l’ensemble du texte par la prise d’une deuxième nappe d’indices. Il ne doit persister aucune faille. Activité intellectuelle de haut niveau qui met enjeu beaucoup des opérations mentales constitutives de l’intelligence.
Ici le nœud de la compréhension est « en imitant leurs ennemis » Qui « leurs » ? Problème de pronominalisation. Qui « ennemis » ? Au masculin ? Il faut remonter dans le texte. Que font les termites ? « nourrir des populations étrangères pour les amener à se battre à leurs côtés. » Donc, donner quelque chose pour obtenir un service ( pas quelque chose) en échange. Le sens de « stipendier » s’éclaire alors. L’accès au dictionnaire pour confirmation est étonnant. L’un dit « payer pour exécuter une action » l’autre précise « payer pour commettre une mauvaise action ». Prudence avec le dictionnaire. Vous imaginez le débat qui peut se développer autour de ce mot.
Mais on peut aussi aborder le rapport à la nouveauté. Les termite « … encore …à l’origine d’idées », « l’idée était révolutionnaire. » qui les placent de façon récurrente du côté de l’innovation et de la créativité. Les fourmis, elles, « auraient volontiers », « imitant », qui les placent du côté de la velléité, et de la copie de modèles pré existants. Là encore le débat sur ce qu’est « apprendre » peut s’avérer intéressant.
Enfin « …lors des invasions », on peut demander qui envahit qui ? Au plus près de l’extrait fourni, il n’y a pas de réponse qui puisse être justifiée. Toutefois les termites étant du côté de l’innovation et de l’initiative, on peut penser que ce sont eux qui envahissent. Mais nous sommes dans le domaine de l’hypothèse que rien, dans l’extrait, ne vient ni confirmer, ni infirmer. Un débat est alors possible autour d’hypothèse et certitude, croyance et savoir. Où sont les limites du sentiment de vérité ? D’ailleurs l’hypothèse inverse d’invasion par les fourmis ne peut être invalidée avec ce que contient cet extrait de texte.
Peut être la séance ne se déroulera-t-elle pas comme raconté ci-dessus. Peu importe. Notre objectif est de stimuler la production de sens avec comme seule exigence la conformité au monde extérieur.
Rendre les élèves plus dynamiques et autonomes dans la construction du sens. Qu’ils soient capable d’apprendre en toutes circonstances même si les conditions ne leurs sont pas favorables. Les « bons » élèves apprennent aussi avec les « mauvais » professeurs.
Par Charles Lostis,
jeudi 21 août 2008 à 07:54 :: - S'entraîner à apprendre
Vous devez imprimer la grille pour travailler au crayon. Mais n’écrivez dans les cases que le chiffre qui y va. Jamais la liste des chiffres possibles. La recherche doit se faire entièrement mentalement. Nous voulons développer l’empans de votre mémoire de travail.
Cette grille est un entraînement qui met en jeu plusieurs des stratégies vues précédemment. Le but est d’automatiser des processus mentaux. On doit « voir » un chiffre avec sa disposition spatiale sans que les mots montent à la conscience.
N’oubliez pas. L’efficacité intellectuelle dépend de notre capacité à avoir toutes les stratégies pré activées dans l’inconscient et à balayer la grille d’un regard vague en laissant monter la stratégie qui convient. C’est un entraînement. Ne pas violenter sa mémoire. Laissez venir. Et, avant d'écrire, vérifier consciemment la réponse qui vous est venue à l’esprit. Allez-y.
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