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Sortir des idées reçues :
Améliorer le système éducatif
Le fait que des élèves en
échec à
l’école puissent développer un
fonctionnement
intellectuel de haut niveau dans les groupes de médiation
cognitive et rester malgré tout en échec dans les
disciplines scolaires a toujours constitué une
énigme
pour moi. Une première explication a
été
apportée par Serge Boimare avec son livre « La
peur
d’apprendre ». Mais nous n’avons
là
probablement qu’une partie de l’explication.
Quelques
élèves relèvent probablement de ce
diagnostic mais
ils restent relativement peu présents dans le
système
scolaire ordinaire.
Dans la réalité quotidienne de
l’enseignant
d’autres aspects apparaissent. Mes observations
auprès
d’élèves de seconde me font penser
à une
autre approche. Approche, elle aussi, certainement
très
partielle.( Il faudrait notamment envisager les aspects institutionnels
comme la multiplication des réformes, le
dénigrement
systématique devant les enfants du système et de
ses
maîtres, etc.)
Je vois des élèves intellectuellement dynamiques
qui
aiment chercher et sont efficaces . Ils connaissent cette
bouffée de plaisir qui suit le « euréka
» de
la découverte. En effet sur le plan neurobiologique,
l’angoisse face à l’inconnu potentialise
un effet
rebond pour la contenir. Car les deux systèmes biologiques ,
plaisir-déplaisir, sont intimement liés. Au
moment de la
réussite, le système de récompense
libère
une décharge de dopamine qui joue alors comme une drogue en
déclenchant un effet euphorisant. Les bons
élèves
connaissent bien ces moments et en sont friands.
Mais passé ce stade très lié
à la
mémoire de travail, ils ne font pas ce travail personnel
d’automatisation en mémoire à long
terme,
fondé sur la répétition qui ne
déclenche
plus le plaisir et peut même générer de
l’ennui. De ce fait ils n’automatisent pas
suffisamment
rapidement certaines connaissances et sont obligés
à
chaque fois de repartir à zéro dans leur travail
d’apprentissage. Au bout d’un certain temps, au
lycée notamment, où le rythme est plus soutenu et
la
masse de connaissances à manipuler plus importante, ils se
retrouvent en surcharge cognitive et leur pensée
s’effondre. C’est particulièrement
sensible en ce
qui concerne le calcul algébrique qui n’est pas
assez
entraîné au Collège et qui en
mobilisant trop
d’attention, en seconde, empêche de porter
l’effort
sur l’abstraction qui un des objectifs de cette classe.
L’élève est en quelques sortes en
situation de
double tâche et il craque. D’ailleurs,
l’imagerie
médicale montre qu’en début
l’apprentissage
le cerveau consomme beaucoup d’énergie, mais que
quelques
mois plus tard, après entraînement, la
même
tâche consomme une énergie à peine
perceptible sur
les images.
On peut penser que pour certains élèves en
échec
au collège il en a été de
même à
l’école élémentaire. A trop
jouer sur le
versant ludique, à faire dépendre
l’apprentissage
du plaisir immédiat on ne favorise pas ce travail personnel
de
répétition qui installe peu à peu des
automatismes
en mémoire à long terme. Si la famille
n’offre pas
un modèle et n’exerce pas une pression sur ce
travail
personnel, l’enfant échappe à cette
dimension de
l’apprentissage et s’enfonce progressivement dans
l’échec.
Comment faire pour que les élèves fassent ce
travail personnel d’automatisation?
Par la contrainte ? En rétablissant des études
surveillées comme nous avions autrefois ? Mais les
élèves triés d’avant
sont-ils les
mêmes que ceux d’aujourd’hui ? Est-ce en
radotant les
vieilles idées d’hier que l’on va
construire le
« demain » ? La compréhension
du
fonctionnement du cerveau à considérablement
évolué au cours de ces trente
dernières
années. On sait que qu’apprendre est une
activité
endogène qui ne se commande pas de
l’extérieur.
Jean Pierre Changeux et Stanislas Dehaene disaient dans l'article
intitulé "Modèles neuronaux des fonctions
cognitives"
paru en 1991 aux Annales de l'Institut de Philosophie de
l'Université de Bruxelles : "...un cerveau constamment
entrain
de générer des variétés
d'hypothèses
internes et de les tester sur le monde extérieur,
plutôt
qu'un environnement qui impose (et enseigne) des solutions directement
à la structure interne du cerveau". Tout est là.
Ce travail d’automatisation ne peut donc
qu’être un
acte volontaire de l’élève. Et cela
pose le
problème de la motivation.
Cette automatisation doit donc rester ancrée sur le plaisir
de
la découverte. Proposer des exercices qui ne soient pas une
répétition mécanique mais qui
réactivent
à chaque fois une démarche
d’abstraction. Lors de
la première exploration du concept il est peut
être
nécessaire d’avoir une plus grande ambition en
matière d’abstraction. et de formalisation. Ne
sous
estimons pas les capacités intellectuelles d’un
enfant. La
chronologie des stades de Piaget peut, en ce sens, induire en erreur.
Que les capacités d’abstraction atteignent leur
maximum
à l’adolescence ne signifie pas que
l’enfant en soit
totalement dépourvu avant cet âge. On peut donc
faire
saillir les attributs du concept étudié. Ainsi,
lors de
la systématisation on veillera à faire varier les
apparences pour, à chaque fois, obliger
l’élève à reconstruire lui
même le
concept déjà vu. C’est la variation
dans la forme
et la réanimation récurrente du concept qui
préserve le sentiment de découverte et donc
l’envie
de « jouer ». Pour
qu’ultérieurement un
concept soit identifié en situation et mobilisé
ce
n’est pas la connaissance qu’il faut
répéter
mais la démarche de mobilisation de cette connaissance.
Grâce à une démarche
métacognitive le
médiateur peut aider l’enfant à
apprendre à
percevoir les attributs et les relations entre eux pour subitement
cristalliser sur le concept.. La verbalisation du
perçu
est un outils efficace de cette démarche. Combien de fois
ai-je
« sorti » un élève
« en panne »
devant un exercice en l’obligeant tout simplement
à nommer
les données. L’élève avait
les connaissances
mais n’avaient pas la voie d’accès
à cette
connaissance.
Pour finir et illustrer mon propos je voudrais relater une histoire
vraie.
Ma fille, en quatrième, a « joué
» avec un
logiciel de mathématiques « Nathan »
(publicité gratuite). Il n’y avait aucune
mécanisation de la pensée mais
l’obligation de
reconstruire sa connaissance à chaque fois pour
l’adapter
à une situation dont les traits de surface changeaient sans
cesse. Stimulée, passionnée même, elle
y a
joué pendant des semaines. Cela a sûrement
été un élément de sa
réussite.
Alors innovons…en rejetant la démagogie
et le radotage des idées reçues..
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