C'est la diversité des styles cognitifs au sein du groupe qui, en favorisant la pensée divergente, sera la richesse au sein de laquelle chaque membre viendra puiser. C'est cette diversité qui ouvrira la curiosité à la métacognition. La valorisation de cette diversité contribue au développement de la tolérance. Cette diversité peut être poussée jusqu'à introduire des adultes qui auront statut d'élèves. Découvrir que même l'adulte peut être en difficulté permet de lever bien des inhibitions. La hiérarchie jeune-adulte s'estompe alors et des complicités se créent. Dans une situation de coopération, les différences de style cognitif entre adultes et adolescents contribuent à l'enrichissement mutuel, conduisent à mieux se comprendre et donc à se respecter.

Contrairement aux idées reçues, l'hétérogénéité n'est pas un handicap pour les élèves les plus efficaces. Trouvant vite les réponses, nous les incitons à chercher l'indice qui leur a servi d'amorçage mnésique et à exprimer le cheminement de leur pensée en vue d'aider ceux qui n'ont pas encore trouvé. Cela permet aussi au médiateur de vérifier la validité de leur réponse et de réagir les cas échéant. Cela conduit à une prise de recul sur sa propre activité mentale et donc à les engager sur la voie de la méta cognition. S'établit aussi une connivence rassurante avec le médiateur favorisant le développement une conduite de défi face à la nouveauté. Cela met ces élèves en position de médiateur entre l'adulte et les autres élèves. C'est une situation valorisante pour le bon élève. Mais avantageuse aussi pour les autres, le message passant parfois mieux entre pairs qu'entre adulte et élèves. La nécessité de mettre sa pensée en mots pour la transmettre à un autre est un outil essentiel du développement de l'intelligence. La société humaine est diverse. C'est le moteur de l'évolution. Nous devons apprendre à nos jeunes à vivre dans la diversité et à en tirer profit. Toute tentative d'homogénéisation des groupes humains et contraire à la Vie.

Un effectif réduit

L'effectif doit être suffisant pour qu'il y ait de la pensée divergente au sein du groupe et ainsi créer une émulation. Mais le groupe doit rester à taille humaine pour que les membres puissent exprimer leur individualité. Il faut aussi permettre au médiateur de lire les processus mentaux activés par chacun des participants, ce qui est impossible quand il faut être attentif à trop de personnes à la fois. L'enregistrement des séances montre que même en petit groupe beaucoup de moments intéressants échappent à notre vigilance. A l'expérience, le nombre de sept élèves semble être le plus judicieux.


Créer une image positive du groupe.

Pour une première expérience il est conseillé de constituer le groupe avec uniquement des "bons" élèves. Cela permet à l'adulte d'observer le fonctionnement intellectuel de ceux qui réussissent. Il nous faut comprendre les ressorts de la réussite. Ces élèves, en général, manient bien le verbe et expriment plus facilement les cheminements de leur pensée. Les "bons" élèves ont beaucoup à nous apprendre. Ce n'est que l'année suivante que l'on pourra accueillir progressivement des élèves présentant des difficultés. La répartition idéale serait de deux "bons" élèves, trois élèves "moyens" et deux en "difficulté". Attention à ne pas prendre d'élèves présentant des troubles psychologiques voire psychiatriques. Ces élèves ne relèvent plus d'une démarche pédagogiques en première intention. Nous ne sommes pas formés pour ces élèves. Nous pouvons, en toute bonne conscience, provoquer des réactions que nous ne sommes pas capable de comprendre et encore moins de maîtriser. Ces élèves peuvent gravement perturber le reste du groupe. Certains comportements peuvent être mal perçus et déclencher des mécanismes d'agressivité ou avoir des effets de contagion.

Enfin, en aucun cas ce groupe ne doit apparaître comme du soutien. C'est pour cela qu'il faut pour la première expérience ne prendre que des "bons" élèves. Participer à ce groupe doit être vécu comme une promotion, comme l'accès au groupe des "bons". D'ailleurs, il n'a jamais été prouvé que le soutien ait donné des résultats positifs. Le soutien part d'un bon sentiment. En réalité ce sont les adultes qui cherchent à se donner bonne conscience. Commencer un travail en disant à l'élève qu'il est faible revient à l'enfermer dans une image négative dont il ne sortira plus, car au vécu d'échec nous ajoutons une représentation de l'échec. L'action sera alors vouée à l'échec. Dans notre groupe la démarche est toute autre. Elle s'adresse à des gens de tous niveaux. Les objectifs sont au delà de l'école. Nous voulons réfléchir ensemble, pour savoir comment chacun s'y prend pour comprendre et construire du sens en situation difficile. C'est une conduite de détour avec promesse d'un devenir meilleur. De plus, ici, étant en expérimentation, les participants sont tous co-chercheurs.