L’élève qui réussit est efficace dans sa relation aux adultes. Si les relations entre pairs sont parfois rugueuses par contre avec les adultes il montre un savoir faire indéniable. Il sait attirer l’attention de l’autre sans être intrusif. Par un regard, un sourire, un ton de parole, des précautions oratoires, il sait établir un lien apaisé. Il est soucieux de donner une image qui attire la sympathie. L’enfant qui réussit cherche à faire plaisir car en échange il attend de l’adulte un regard positif qui réduira son angoisse. Le bon élève sait que pour réfléchir avec efficacité il faut un climat de tranquillité mentale et il se montre actif dans l’établissement de ce climat. Il saura prendre les initiatives et déployer des stratégies de séduction pour aplanir la relation humaine. Il sait se montrer discret et s’effacer s’il sent que ses tentatives échouent sur un adulte qui ne répond pas sur le même registre. Il saura se protéger de cet adulte en sachant faire les concessions qui conviennent. Il saura mettre de la distance dans les situations négatives. Le bon élève réussit même quand le Maître ne lui convient pas. Ce n’est pas le cas avec un élève en difficulté qui vivra exclusivement sur un mode affectif sa relation à l’adulte. Il fera des progrès si la relation est bonne, mais sera en échec avec un adulte qui ne lui convient pas. Or il est fatal que dans un cursus il rencontre au moins une fois un adulte qui ne leur convient pas. Ce sera alors une année d’échecs qui laissera des traces sur toute une scolarité. On a là probablement un des ressorts de l’échec scolaire. Cette capacité à rester soi, même avec un adulte qui ne plaît pas. C’est une question, là encore de narcissisme.
L’élève qui réussit est capable de s’intéresser au comment et pas seulement au résultat. Il n’est pas en état de manque par rapport aux résultats, ce qui le fascine c’est le comment on s’y prend. Il est très attentif aux aspects méta cognitifs que l’on peut exprimer. Un bon élève cherchera la pensée de l’adulte au delà de ses traits de surface, il veut accéder au sens. Il entre en intersubjectivité mais en restant lui même. D’ailleurs comme on le voit souvent en quatrième lorsqu’on aborde le calcul algébrique, il lui est difficile de se plier à des règles mécaniques. Il lui faut passer par du sens. Mais bien sûr il apprend quand même l’algèbre car capable d’adaptation il saura aussi se mettre au niveau purement formel. Alors que dans l’autre sens c’est plus difficile. L’élève fragile se montera dépendant de l’adulte. Renonçant à être soi, il s’inscrira dans la docilité passive et cherchera à imiter mécaniquement les modèles fournis pas l’adulte,. J’ai vu des élèves ayant réussi leur travail mais le rejetant car non conforme au modèle fourni par le maître et se forçant à l’imiter et ce faisant se mettant en échec. L’élève fragile est hyper sensible aux réactions affectives de l’adulte, surtout les réactions négatives. Ainsi un jour une élève commence bien son explication à un bon niveau d’abstraction et suite à une remarque de ma part qui n’était même pas négative cette élève, subitement, a abaissé son niveau d’abstraction, focalisant sur les objets plutôt que sur les relations entre ces objets.
L’élève qui réussit ose parler en public. Même s’il y est attentif, le regard de l’autre n’est pas perçu comme une menace. Comme tout le monde le bon élève a déjà connu la honte, mais elle ne paralyse pas car il sait gérer son environnement. Parce qu’il est habitué à un environnement tolérant et bienveillant, et qu’il sait pouvoir faire face à un conflit, parce qu’il est dans le verbe, il peut prendre des initiatives et des risques. Avec lui, les désaccords, les conflits, se traitent par le verbe et l’argumentation et non par le rapport de force. Citons ici Basil Bernstein qui dans son livre « Langage et classes sociales », relate deux réactions parentales face à un enfant turbulent : « tais-toi » ou « chéri, pourrais-tu faire un peu moins de bruit ». Il est évident que les bons élèves s’inscrivent dans la deuxième approche. Par contre l’élève en difficulté ne possédant pas tous les ressorts de la langues ne pourra trouver les nuances et conduites de détour pour exprimer sa pensée. De plus prisonnier de son impulsivité, l’élève en difficulté jette dans l’espace public les brouillons de sa pensée, alors que le bon élève les gardes pour lui et n’exprime ses idées qu’après les avoir vérifiées. Il est évident que cela façonne le regard de l’adulte. Enfin il est fréquent de voir l’élève en difficulté ne savoir établir de relation que sur le mode de l’opposition. Il ne sait se poser qu’en s’opposant. Autant l’élève en difficultés est dans la fuite, l’évitement ou l’agression, autant le bon élève est dans la réduction de la violence par le verbe et avec une souplesse d’attitude très grande.