Voici un modèle réduit d’apprentissage de leçon.
Un modèle est donné. Le système scolaire, avec sa manie de tout expliquer, fournirait une leçon bien peaufinée que l’élève devrait apprendre clé en main. Au contraire nous allons construire nous même du sens.



Malgré son apparence simple l’exercice est loin d’être anodin.
D’abord il faut comprendre que la leçon n’est pas dans les objets perçus mais dans les liens qui existent entre les objets. Nous devons accéder à l’imperçu, par un travail d’élaboration interne. Nous sommes dans une démarche d’abstraction et de généralisation. Combien de fois voyons nous des élèves apprendre ce qu’ils savent déjà, car l’apparence a tout simplement changé. Au fond la leçon est dans la flèche.
Une flèche qui exprime un schéma de relation entre un début et une fin, un avant et un après, des données et un objectif. Il y a une dimension temporelle souvent mal maîtrisée par les élèves. Combien mélangent données et contenu de la question dans les exercices de mathématiques ? Combien de fois, au quotidien, voyons-nous les liens de causalité inversés car ne respectant pas l’ordre de succession.
La perception doit être exhaustive et précise pour élaborer des relations spatiales cohérentes. Exprimer les positions relatives des objets n’est pas facile. L’expérience montre que beaucoup d’élèves ont des déficiences en matière de vocabulaire de l’espace. Surtout que la modalité graphique de l’exercice nous oblige à produire nous même les mots. Il faut dépasser la perception holistique vague pour accéder à une perception analytique.
Enfin il faut inférer la règle. L’opération mentale de comparaison est nécessaire. En vertu du principe d’activation biologique par le changement, les différence sont bien perçues. Par contre exprimer l’invariant est une démarche interne volontaire non naturelle. C’est pourtant le principe de base de la conceptualisation en vue d’une généralisation.
Ne pas souffler de réponse, ni apporter d’aide. Seulement veiller que le discours coïncide avec la monde extérieur. En cas de dérapage poser des questions. C’est l’élève qui doit, seul, détecter son erreur et se corriger.
On peut obtenir une « leçon » du genre : « On a deux triangles équilatéraux, un petit à l’intérieur d’un grand. Les bases sont parallèles. Les deux sommets sont dirigés vers le haut. Le grand triangle ne change ni en forme ni en taille ni en orientation. Le petit triangle reste à l’intérieur du grand, les bases restent parallèles, il conserve la même taille, mais son sommet est dirigé vers le bas. » Une variante peut être sur la dernière phrase : « … Le petit triangle subit une symétrie par rapport à sa base. » Les élèves risquent de se retourner vers l’adulte pour demander qu’elle est la bonne réponse. Rompre la dépendance à l’adulte pour aller vers l’autonomie. Valider les deux « leçons » sans commentaire. La pluralité des vérités choque. Et pourtant c’est la base de la tolérance et de l’intérêt porté à l’autre.
Bien sûr il s’agit là de discours déjà bien élaborés. Car la plupart du temps on obtient directement « le petit triangle se retourne ». Focalisant sur le changement sans mentalisation des invariants. Si c’est ainsi qu’ils apprennent leurs leçons il y a du travail à faire.

On apporte alors l’exercice associé.



Et notre « leçon » s’effondre. Les objets ont changé. Il faut surmonter la frustration et repartir sur la leçon. C’est la classique répartie de l’élève : « je croyais que. » Oui il croyait sincèrement, mais le monde extérieur n’a que faire de nos croyances. Il faut alors identifier la faille et la colmater. Abstraire. Décrire les relations sans nommer les objets.
« Il y a un objet contenu dans un autre. Ils restent de même forme et même taille. Celui de l’intérieur …> » Mais problème. Quelle explication retenir . Symétrie par rapport à la base ? Mais il n’y pas de base pour un cercle. Faire passer le cercle de l’autre côté du carré ? Avec ou sans retournement ? Un cercle qui se retourne ce n’est pas visible. Vous imaginez le débat. Le médiateur doit veiller que les arguments restent ancrés dans le monde réel. Stimuler le générateur d’hypothèse mais ne pas délirer. Voilà qui débride l’intelligence. Et peu importe qu’il y ait une vérité ou pas. L’essentiel est d’avoir mis les neurones en ébullition. Les élèves ont goûté à cette drogue qu’est l’activité intellectuelle intense. Ils y reviendront.

Verbalisation de sa pensée, perception analytique, relations temporelles et spatiales, comparaison, émission d’hypothèse et test sur le monde extérieur… pour construire soi même du sens. Voilà ce que contient cet exercice. Il touche aux mécanismes profond de l’apprentissage. Alors ? Anodin ? Amusement ?